Petit tour d'horizon de l'Agro-bio en France :

A la traine, la bio accélère

Si certaines filières permettent désormais de satisfaire la consommation des Français, comme le lait, la France doit cependant continuer à importer 30% des produits bio. 7 Français sur 10 consomment des produits bio régulièrement (65% au moins 1 fois/mois; 24% au moins 1 fois/semaine; 10% tous les jours). En moyenne 76% des produits bio consommés en France proviennent de France. En 2016 les consommateurs de l’Hexagone ont déboursé 7 milliards d’euros pour s’offrir des produits labellisés sans produits phytosanitaires ni OGM.
La gamme de produits bio proposée sur le marché français est très large, quels que soient les circuits de distribution. Les produits bio sont commercialisés dans 4 circuits de distribution essentiels:

  • magasins spécialisés bio
  • grandes surfaces alimentaires
  • vente directe
  • artisans-commerçants

N'oublions pas que la vente de produits alimentaires bio représente 19% de la consommation en France, en deuxième place à l'échelon européen derrière l'Allemagne où elle occupe déjà 32% de la consommation totale. Bref, il y a de quoi faire, mais à cause du manque de volonté politique conjugué à la faible mise à disposition de moyens financiers, le développement nécessaire de l'agro-bio a jusque là été freiné.

Alors que l’agriculture biologique en France comptait parmi les pionnières à l’échelon européen dans les années 70, elle ne représente fin 2016 que 5,8% de la Surface Agricole Utile française ( soit 1,57 million d'hectares) : La France se trouve bien loin des confrères Suédois, Autrichiens ou même Italiens chez qui la bio représente au moins plus de 11% de leur SAU. Malgré ce score modeste, le dynamisme de l’agro-bio en France se poursuit et enregistre par ces temps de crise des augmentations remarquables tout en restant un bon pourvoyeur d’emploi.

Si les surfaces agricoles cultivées en bio progressent régulièrement (21 nouvelles fermes chaque jour) il existe cependant des disparités régionales marquées (voir notre rubrique régions françaises le grand sud qui rassemble le plus de producteurs bio toutes activités confondues en France. Certains villages se sont carrément dédiés à la bio comme celui de Correns dans le Var.

De plus, la FNAB (= Fédération Nationale d'Agriculture Biologique des régions de France) déplore que les efforts des agriculteurs français entrant dans des démarches environnementales ne soient pas soutenus comme il se doit et souligne le décalage entre les discours incantatoires et la réalité des faits.
Quant à la démarche en bio-dynamie connue sous la marque Demeter, très prisée Outre-Rhin, ou Biodyvin elle reste encore marginale en France, même si elle se développe dans la filière viticole. L'agriculture bio-dynamique représente le dessus du panier des démarches en agro-bio, connue pour l'application de règles strictes réunies dans un cahier des charges “production, transformation et vinification”, charges qui vont beaucoup plus loin dans plusieurs aspects que celles requises pour l'agriculture biologique. Prenons pour exemple le respect des plantes: L'agriculture bio-dynamique prône sa préférence pour les semences auto-produites et les variétés non hybrides, la rotation des cultures, l'utilisation fréquente des engrais verts et finalement, la limitation de la croissance intensive.
Quant à la permaculture, autre démarche très novatrice d'une agriculture bio et durable,

Il n’en reste pas moins qu’à côté de ces institutions agro-bio d’autres acteurs engagés jouent un rôle essentiel dans le maintien et le développement d’une véritable agriculture biologique en France:

  • L’association Kokopelli défend la biodiversité alimentaire et souhaite que les “semences anciennes et nouvelles appartenant au domaine public et librement reproductibles sortent du champ d'application de la législation sur le commerce des semences”
  • Les AMAP (Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) sont destinées à favoriser l'agriculture paysanne et biologique qui a du mal à subsister face à l'agro-industrie. Le principe est de créer un lien direct entre paysans et consommateurs, qui s'engagent à acheter la production de celui-ci à un prix équitable et en payant par avance. Une AMAP permet de s’approvisionner localement et donc de réduire l’impact des transports. Les AMAP doivent respecter 18 principes fondateurs réunis au sein d’une charte.
    La première AMAP a été créée en 2001. Depuis, le nombre d’AMAP évolue de manière exponentielle, et les AMAP sont aujourd’hui pratiquement présentes dans toutes les régions de France. On en dénombrait en 2015, env. 2000. Cela représente plus de 55 000 familles et près de 210 000 consommateurs.
  • Les magasins collectifs: Le premier magasin collectif a été crée en 1978. Le principe est simple : réunir la production d’agriculteurs dans un lieu commun de distribution sans passer par les détaillants et autres distributeurs (grandes surfaces). Ainsi en se regroupant au même endroit, cela permet au client de trouver tous les ingrédients de ses repas. Offrant une gamme complète constituée de produits variés, ces magasins vendent des fruits et légumes frais et de saison, produits localement, ainsi que des produits transformés comme de la viande, des conserves artisanales, du fromage, des oeufs, de la charcuterie et des boissons. En rapprochant les producteurs des clients, le magasin collectif ouvre de nouveaux débouchés aux agriculteurs, en vendant de plus grandes quantités, à un prix 20% à 30% supérieur à celui auquel la grande distribution achète les produits. Pour l’agriculteur cette structure collective permet de partager le temps de travail et les coûts d’un espace de vente attractif et proche de la clientèle. Elle offre l’opportunité pour certains agriculteurs de diversifier leur exploitation, et aussi peut permettre l’installation de jeunes agriculteurs sur des productions manquantes.
    Actuellement on dénombre près de 250 magasins sur l’ensemble du territoire.
    Cette démarche s’inscrit pleinement dans les attentes des collectivités, des consommateurs et des agriculteurs. Elle est une réponse au maintien de l’agriculture locale, en développant ses fonctions économique, sociale, environnementale. Elle garantie une alimentation saine, responsable, de saison et durable. Elle favorise le lien social entre les agriculteurs et les consommateurs, entre les différents acteurs du territoire.
  • Les jardins partagés: Comme le nom l’indique, il s'agit de jardins conçus, construits et cultivés collectivement par les habitants d’un quartier ou d’un village. Réunis en association les habitants gèrent le jardin au quotidien et prennent les décisions importantes collectivement. En ce sens chaque projet est unique par son aménagement et son fonctionnement. Ces jardins se fondent sur des valeurs de solidarité, de convivialité, de lien et de partage entre les générations et les cultures, qui figurent dans la Charte des Jardins en Partage.
    C’est au milieu des années 80, en France, que quelques animateurs sociaux, militants de terrain et autres jardiniers s’intéressent aux pratiques d’appropriation collective telles qu’elles se développaient à New York. Mais c’est une dizaine d’années plus tard (1997) qu’un réseau informel se met en place et s’organise rapidement. Réunis par des valeurs communes, formalisées par une Charte les membres représentent la plupart des régions de France métropolitaine, dans lesquelles ils agissent pour favoriser la mise en œuvre, par les habitants, de jardins partagés. Avec le recul on s’aperçoit néanmoins que la classe moyenne catégorisée « Bobos » » est surreprésentée parmi les acteurs des jardins partagés, phénomène urbain avant tout.
    Les associations y cultivent le respect du vivant en prohibant l’usage des pesticides et en encourageant les jardiniers à expérimenter des techniques de paillage, de compost, des plantations d’engrais verts… Ce sont de petites oasis de verdure situées généralement au plus près de l’habitat où l’on peut se rendre à pied depuis son domicile. Ils constituent des équipements de quartier qui profitent au plus grand nombre et pas seulement à ceux qui y jardinent.
    Aujourd'hui, il existent entre 800 et mille jardins partagés en France, dont un quart dans la région Rhône-Alpes et 100 à Paris intra-muros.
  • L’UNAF L'abeille, sentinelle de l'environnement

Petits rappels :

  • Alors qu’il restait encore plus de deux millions de fermes en 1955, leur nombre a été divisé par cinq aujourd’hui. Chaque semaine, 200 exploitations professionnelles agricoles disparaissent en France, faute de repreneur.
  • En général, la rémunération des producteurs est moins élevée si leur production entre dans la grande distribution à cause de la pression concurrentielle.
  • Actuellement, 71% de l’arrivage en fruits de Rungis et 41% des légumes proviennent de l’export. (CREDOC 2009). Seul 1% de ce qui est mangé à Paris est d’origine Francilienne, alors qu’en Ile-de-France la surface agricole utilisée couvre 48% du territoire.
  • Les fermes bio représentent 5,6 % des exploitations françaises et plus de 7 % de l'emploi agricole (fin 2014)
  • Près de la moitié des surfaces engagées en bio dans 5 régions : Midi-Pyrénées (145 409 ha), Pays de la Loire (115 570 ha), Languedoc-Roussillon (100 789 ha), Rhône-Alpes (96 331 ha) et Provence-Alpes-Côte d’Azur (93 184 ha).

Enfin, comme partout en Europe, défendre une agriculture biologique en France est l'affaire de tous, en commencant par l'achat des produits bio de manière responsable: refuser une pomme venant de l’autre bout du monde, et préferer celles d’origine France, même dans les produits de supermarché, connaitre les produits de saisons…

Sources :
agencebio.org
Lebensministerium.at
Réseau AMAP
Jardins partagés
Talents de fermes
Uniferme
L'institut de recherche de l'agriculture biologique

Pour aller plus loin

Voici quelques sites que vous pouvez consulter:
Kokopelli
Tomodori , le site sur les variétés de tomates anciennes
Abeille sentinelle
Le réseau AMAP – Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne
FNAB : Fédération Nationale d'Agriculture Biologique
Bio-consommateurs
Bio-dynamie
Permaculture
Institut de recherche de l'agriculture biologique

Vous pouvez aussi lire le très bon livre “La Bio entre business et projet de société” sous la direction de Philippe Baqué, paru en mai 2012 aux éditions Agone; ISBN: 9782748901702